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Combien de migrants sont arrivés en Italie depuis que Salvini est au pouvoir ?

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Un-migrant-et-son-enfant-débarque-de-lAquarius-le-bateau-affrêté-par-lONG-Sos-Méditerranée-à-Catane-en-Italie-le-10-mai-2018-768x512Arrivé à son poste il y a deux mois, le ministre de l’intérieur a durci le ton contre les migrants… Mais si les arrivées diminuent, c’est surtout du fait du précédent gouvernement.
Bonjour,
Votre question était accompagnée d’un tweet du membre du bureau du Rassemblement national (RN) Jean Messiah.
Pour répondre à la fois à votre question et au tweet de Jean Messiha : il est vrai que beaucoup moins de migrants arrivent en Italie cette année qu’en 2017. Mais ce n’est pas dû au nouveau ministre de l’Intérieur d’extrême droite Matteo Salvini, malgré l’énergie qu’il déploie à refuser les bateaux humanitaires dans les ports italiens.
Pour vous répondre, nous avons fait appel à nos confrères fact-checkers italiens de Pagella Politica. Dans un article publié le 31 juillet, ils démontent une affirmation du Premier ministre Giuseppe Conte, selon qui «depuis que [son] gouvernement est en poste, l’immigration illégale a diminué drastiquement. On parle de 80% ou 85% de moins que l’année dernière.» Le chef du gouvernement italien – une coalition entre les populistes du Mouvement 5 étoiles, et la Ligue du nord de Salvini – ajoute : «Notre stratégie fonctionne».
Les statistiques du ministère de l’Intérieur italien sont claires : beaucoup moins de migrants débarquent sur les côtes italiennes cette année que la précédente.

Pendant les six premiers mois de l’année 2017, 83 424 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes. Contre 13 010 pendant le 1er semestre 2018. Soit une diminution de plus de 84%. Est-ce pour autant lié à l’arrivée au pouvoir de Conte et de son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini ? C’est peu probable, puisque la coalition gouvernementale italienne est arrivée au pouvoir… le 1er juin 2018.
En fait, comme le remarquent les fact-checkers d’AGI, la diminution du nombre d’arrivée de migrants par bateau commence dès le mois de juillet 2017 (c’est ce que montre le graphique ci-dessus). Pour la bonne et simple raison que c’est le précédent gouvernement qui a entrepris le durcissement de la politique migratoire italienne, avec l’appui de l’Union européenne : annonce d’un plan pour financer des camps de rétention en février 2017, signature d’un accord entre Rome et deux tribus libyennes en avril, accord entre l’Italie et quatre pays africains en mai, entente entre l’ex-ministre de l’intérieur italien Minitti et plusieurs acteurs libyens pendant l’été… A l’automne 2017, plusieurs médias dont Libération pointaient du doigt le fait que Rome ait pu payer des milices de l’ouest libyen pour retenir les migrants sur les côtes africaines.
Depuis sa prise de poste, Salvini a martelé qu’il ne voulait plus des migrants secourus en mer dans les ports italiens. Son coup d’éclat était le refus de l’Aquarius, début juin, finalement redirigé vers l’Espagne. Mais le ministre de l’Intérieur a depuis dû lâcher du lest, par exemple en accueillant des rescapés sauvés par le Lifeline fin juin, puis ceux embarqués par un navire militaire italien mi-juillet (après avoir annoncé dans les deux cas qu’aucun ne foulerait le sol italien). Il y a moins de deux semaines, l’Italie a annoncé vouloir répartir entre les pays européens les migrants qui arrivent encore sur ses côtes.
En résumé : il est difficile, en deux mois, de voir un «effet Salvini» sur les chiffres de l’immigration en Italie. Toutefois, le précédent gouvernement a déjà fait beaucoup pour réduire les flux d’arrivée via la Méditerranée.