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Immigration clandestine : Il y a 10 ans, 14 Sénégalais traversaient l’Atlantique pour rejoindre New York en pirogue

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2d4407388dda4359273f91dee79502baLeur histoire est pratiquement inconnue de leurs concitoyens, plus habitués à entendre des drames de l’immigration clandestine vers l’Espagne, l’Italie ou à travers le Sahara. Mais, 14 Sénégalais ont traversé l’Atlantique, il y a un peu plus de 10 ans, pour échouer sur les côtes américaines où ils suscitèrent l’émoi dans la communauté sénégalaise de New York. Un seul est resté sur le sol américain, tous les autres ayant été rapatriés.
 

C’est un jour de 2007 que, à bord d’une pirogue, 14 jeunes Sénégalais traversèrent l’Atlantique, avec comme seuls bagages de maigres provisions et un GPS. Ils erreront durant 47 jours sur l’océan, avant d’atteindre les côtes d’Amérique, en plein hiver. Arrêtés et mis en prison dans le New Jersey, raconte Bara Diokhané, artiste sénégalais présent sur les lieux au moment des faits, une pétition en leur faveur fut organisée et recueillit plusieurs centaines de signatures de New-Yorkais concernés et admiratifs.

Profil bas de l’ambassade et du consulat sénégalais

«Avec le profil bas adopté par l’ambassade et le consulat du Sénégal, notre communauté dakaroise de Brooklyn organisa une collecte de fonds, une campagne de presse, ainsi que des visites régulières à la prison Elizabeth Detention Center dans le New Jersey, pour assister et réconforter ces jeunes et braves guerriers. Notre pétition fut adressée aux sénateurs Barack Obama et Hillary Clinton, qui, à l’époque, se disputaient l’investiture démocrate, et soulignait le fait que si ces jeunes étaient venus de Cuba, ou de Kosovo, ils auraient reçu un accueil plus humain», narre Diokhané. Les auteurs de la pétition rappelaient aussi que l’emprisonnement de ces jeunes Sénégalais ne se justifiait pas, car ils n’avaient pas commis de crime, et que cette mesure était en contradiction avec la tradition américaine symbolisée par l’accueil que la Statue de la Liberté promettait : «Give me your poor, give me your braves». «Après quelques mois de détention, ils furent tous libérés et rapatriés vers le Sénégal, à l’exception d’un seul qui vit et travaille à New York. Que sont devenus les autres valeureux compagnons, dix ans plus tard ? J’ai gardé précieusement les lettres qu’ils m’envoyaient du centre de détention», se remémore l’artiste.

La presse de Harlem raconte l’odyssée

Pour relater l’arrivée des 14 Sénégalais, c’est la journaliste Leslie Ann Murray qui publiera, le 29 mars 2007, dans l’hebdomadaire «Amsterdam News» basé à Harlem, un article intitulé : 14 Sénégalais naufragés au large de Brooklyn à la recherche de la liberté économique. «Le 28 janvier, le M/V OOCL Melbourne, un navire marchand provenant d’Europe et devant accoster au terminal maritime Red Hook de Brooklyn, a repéré une embarcation en détresse transportant 14 passagers. Le bateau se trouvait à 800 miles au large de Cape Cod, dans le Massachusetts, lorsque le capitaine du Melbourne a aperçu les 14 Sénégalais sur leur pirogue. Le capitaine a ensuite dirigé son bateau vers la pirogue, qui arborait le pavillon britannique. Les hommes, âgés de 23 à 43 ans, ont été détenus dans le gymnase du navire jusqu’à ce que les contrôles de sécurité effectués par l’équipage du Melbourne soient achevés», indique la journaliste.
Bien que le voyage transatlantique ait fait des ravages sur les 14 Sénégalais, tant sur le plan physique que sur le plan psychique, Lucille Cirillo, des services américains des Douanes et de la Protection de la Frontière, a déclaré : «ils étaient relativement en bonne santé, compte tenu de leur situation. Ils avaient juste un peu maigri». Evidemment, ils n’avaient pas de visa, mais juste leurs passeports et leurs cartes d’identité sénégalaises, alors que certains n’avaient aucun titre.

Ils ont survécu tous les 14 à la traversée de 47 jours

Heureusement, pour les 14 Sénégalais, tous ont réussi à survivre à ce périlleux voyage. Ce long voyage sur une pirogue délabrée, d’Afrique à New York, est un cas inhabituel. Cela se produit généralement à Miami et à San Juan, où des immigrants des Caraïbes utilisent des catamarans pour se rendre aux États-Unis, a déclaré Cirillo. Ces hommes étaient spécifiquement à destination de New York. «Ils cherchaient juste à débarquer, à descendre de leur bateau et à trouver un emploi», conclut-il. Quant à John Wilkinson de «Nah We Yone», organisation qui aide les migrants africains qui résident aux États-Unis, il rend régulièrement visite aux détenus pour les conseiller au plan juridique et les aider. Wilkinson a déclaré que même si certains des 14 Sénégalais avaient de la famille à New York, ils n’ont jamais parlé de leur voyage à ces derniers. «Les parents à qui j’ai parlé étaient abasourdis», a déclaré Wilkinson. «Ils n’ont dit à personne qu’ils venaient ; ils n’avaient que leurs numéros de téléphone et leurs adresses».

Dakar au courant de l’affaire, selon le consul

Bien que l’immigration américaine et l’application des lois douanières (ICE) ne veuillent pas confirmer, Wilkinson a déclaré que deux des 14 hommes sénégalais avaient été rapatriés vers le Sénégal. Sept des hommes ont déjà vu un juge de l’immigration et ont demandé plus de temps pour trouver un avocat. Entre-temps, cinq d’entre eux n’ont toujours pas rencontré de juges de l’immigration et Wilkinson craint qu’ils ne soient également rapatriés au Sénégal. Douze des hommes sénégalais sont restés en détention par les services de l’immigration et des douanes, dans un camp de situé à Elizabeth, dans le New Jersey. Cheikh Niang, alors consul général du Sénégal à New York, ne s’était pas trop épanché sur la situation, disant simplement que le gouvernement sénégalais était au courant de l’affaire.
En tout cas, cette affaire est restée quelque peu secrète, puisqu’aucun média local n’en avait parlé, à l’époque, au Sénégal. Mais, son originalité et son caractère exceptionnel, aujourd’hui que les migrants meurent par milliers en méditerranée, font qu’il fallait la raconter.