Migrants bloqués au large de la Tunisie : « Nous mangeons un morceau de pain et un œuf par jour »

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ec4863eba357ecf23906b850bf0365ceedb62084Une quarantaine de migrants – dont deux femmes enceintes – sont bloqués depuis le début de la semaine sur un bateau tunisien, le Sarost 5, qui les a secourus au large de la Tunisie. Aucun port n’accepte de les accueillir. InfoMigrants, en contact avec les migrants a bord, revient sur leur quotidien fait d’incertitudes.

InfoMigrants a recueilli mardi 17 juillet le témoignage exclusif d’un des 40 migrants coincés à bord du « Sarost 5 », un bateau de ravitaillement tunisien bloqué au large de la Tunisie depuis 5 jours. À bord se trouvent notamment huit femmes et trois mineurs. Aucun État n’accepte de les accueillir. Jeudi 19 juillet, Samuel*, un des migrants camerounais en contact avec la rédaction d’InfoMigrants, a expliqué le quotidien à bord. La situation empire chaque jour un peu plus sur le navire qui n’est pas équipé pour répondre à ce genre de défi humanitaire.
« La fatigue et le stress commencent à se faire ressentir. On regarde passer les jours, nous n’avons rien à faire de toute la journée », raconte le jeune homme de 28 ans qui ne cache pas son épuisement. « C’est très dur à vivre, on ne sait pas ce qu’il va nous arriver. L’équipage est adorable, ils font tout pour nous remonter le moral et ils font avec le peu qu’ils ont, mais nous n’avons pas assez à manger : nous avons seulement un morceau de pain et un œuf par jour ».

« Les gens vomissaient, d’autres criaient »

Samuel est revenu sur le déroulé des événements. Mercredi 11 juillet, un groupe de 40 migrants a quitté les côtes libyennes à bord d’une embarcation en bois pour tenter d’atteindre l’Europe. Mais le moteur tombe rapidement en panne. « Nous avons cru que nous allions tous mourir. Des gens vomissaient, d’autres criaient, d’autres étaient en pleurs », explique-t-il.

Le lendemain, les migrants aperçoivent au loin un navire. Il s’agit du « Caroline Tide III », un navire de ravitaillement. Sans réfléchir, une dizaine de personnes sautent à l’eau pour tenter de nager jusqu’au bateau. « Mais ça leur a pris au moins une journée car il y avait beaucoup de courant. C’était très dangereux », dit Samuel. Les migrants n’atteignent pas le navire mais leurs gestes et cris de détresse alertent l’équipage du « Caroline Tide III » qui vient les secourir. « Les personnes à bord nous ont dit qu’ils ne pouvaient pas nous faire monter car ils avaient peur d’avoir des problèmes », précise le Camerounais.

L’équipage laisse donc les migrants dans leur embarcation de fortune tout en leur fournissant de l’eau et des biscuits. Les autorités italiennes contactées assurent aux membres du « Caroline Tide III » qu’ils arriveront d’ici deux heures. « Mais personne n’est venu. Nous avons seulement vu des avions qui ont survolé la zone puis qui sont repartis », affirme Samuel.

« Nous sommes condamnés à rester en mer avec eux »

Face à l’absence de prise en charge, le personnel du « Caroline Tide III » décide de contacter leurs collègues du « Sarost 5 » – bateau appartenant à la société tunisienne gazière Miskar – qui récupèrent les migrants en pleine mer dimanche 15 juillet vers 19h et se dirigent vers les côtes tunisiennes.

Arrivé au large du port de Zarzis (sud de la Tunisie) à 2 heures du matin, le navire reçoit une interdiction d’accoster. L’embarcation patiente donc, au large.

Depuis, le groupe composé de 40 migrants et de 10 membres d’équipage vit dans l’incertitude. « Tant qu’une solution ne sera pas trouvée, nous sommes condamnés à rester en mer avec eux », avait déjà déclaré à InfoMigrants Karim*, mécanicien à bord.

Mardi 17 juillet, des médecins et infirmiers du Croissant rouge tunisien sont venus ausculter les personnes à bord, notamment les deux femmes enceintes (une de trois mois et l’autre de six mois, selon Samuel). Des packs d’eau et du pain leur ont été apportés par les membres du « Caroline Tide III » qui se trouve dans la même zone maritime. « On prie pour qu’on nous viennent en aide », conclut Samuel.